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#L’enquête : des élèves obligés de porter des casques anti bruit à cause des avions

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#L’enquête : des élèves obligés de porter des casques anti bruit à cause des avions
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Depuis 20 ans, l’aéroport de Charleroi n’a cessé de se développer. En 2022, il accueillait 1,2 millions de...

Depuis 20 ans, l’aéroport de Charleroi n’a cessé de se développer. En 2022, il accueillait 1,2 million de passagers, en 2024 on a passé la barre des 10 millions. Ce sont plus de 80.000 vols qui passent au-dessus de la tête des riverains de l’aéroport chaque année et plus de 80 millions d’euros d’argent public investis pour insonoriser les maisons.

Mais est-ce suffisant ? Dans un arrêt de septembre 2024 qui concerne l’aéroport de Bierset, la cour d’appel de Bruxelles estime que ce n’est pas le cas. La Cour prévient : si la région wallonne ne réagit pas, elle risque des astreintes allant jusqu’à 5000 euros par jour. Qu’en est-il à Charleroi ? Est-ce que les compagnies qui ne respectent pas la loi sont réellement sanctionnées ? Ce sont les questions auxquelles nous avons voulu répondre dans cette enquête. 'Même avec mon casque antibruit, j’entends les avions et ça me déconcentre' Direction Heppignies et sa petite école de village, Saint-Barthélemy. En cette période hivernale, on entend les avions de loin, ils passent généralement dans les champs à quelques centaines de mètres. Mais lors des périodes de fortes affluences, notamment à partir du mois de mai jusqu’en septembre, les vols sont de plus en plus nombreux à passer au-dessus de la cour de l’école. Provoquant de gros soucis pour les enseignants et les élèves. 'Les enseignantes doivent s’interrompre pour laisser passer l’avion puis seulement reprendre leur cours après', explique Joëlle Dury, directrice. 'Quand il fait beau, on en a toutes les 3 à 4 minutes qui passent, on ne sait même plus ouvrir une fenêtre !' Une situation compliquée, d’autant plus que cela arrive lors des périodes d’examens et de CEB. Dans la classe de 6e primaire, les enfants sont inquiets : 'Je ne sais pas comment je vais faire pour me concentrer', nous dit Lucie, 11 ans. Nathan, lui, doit porter un casque antibruit pour se concentrer : 'mais lorsque les avions passent au-dessus de la cour, même avec mon casque, je n’y arrive plus !' Excédée, la directrice a d’abord sensibilisé les parents, les voisins puis a fait appel aux autorités communales : 'On ne se sent pas entendus', nous explique-t-elle. 'On ne sait plus quoi faire, c’est quand même de la santé de nos enfants dont on parle, de leurs études !' C’est une agression psychologique Gilbert Bosmans habite dans sa maison de Roux depuis 1989, à cette époque, l’aéroport était encore tout petit : 'J’ai vu cet aéroport grandir. Jusqu’il y a quelques années, c’était supportable. Mais il y a de plus en plus de vols, aujourd’hui je ne les supporte plus.' Aujourd’hui Gilbert ne se sent plus chez lui : 'C’est compliqué, je n’arrive plus à vivre dans cette maison… Je ne fais pas de télétravail… D’habitude, quand tu rentres chez toi, tu te dis que tu vas être tranquille, que tu vas pouvoir déstresser… Mais moi, je n’ai plus ce ressenti-là. Je suis en état d’hypervigilance, j’ai peur de les entendre arriver. C’est une agression psychologique, je le vis comme ça.' La SOWAER tente de faire respecter 'une balance équilibrée' Le dossier de l’école est arrivé à la SOWAER, c’est elle qui est en charge de l’accompagnement du développement des aéroports wallons pour le compte de la Région Wallonne. Selon elle, le bien-être des riverains ne doit pas être mis à mal face aux enjeux économiques : 'Nous travaillons dans une perspective de développement équilibré. Donc tout en ayant à cœur d’avoir une écoute par rapport aux citoyens qui vivent à proximité des deux aéroports', nous explique Thibault De Villenfagne, directeur. Face à l’ampleur du développement de l’aéroport de Charleroi, la SOWAER a multiplié les chantiers pour garder cet équilibre : 'Celui-ci se traduit déjà depuis plus de 20 ans dans la politique environnementale d’accompagnement des deux aéroports. Concrètement, tout investissement d’un euro dans l’infrastructure, se traduit également par 1 € investi dans l’accompagnement des riverains, au travers notamment des mesures d’insonorisation et d’accompagnement en faveur des citoyens autour des aéroports', ajoute le directeur. Dans le cadre de l’école d’Heppignies, Thibault De Villenfagne assure : 'La ville de Fleurus nous a interpellés sur ce phénomène plus particulier et donc nous avons effectivement décidé d’installer des sonomètres à proximité du site en question pour pouvoir objectiver la situation sur le plan sonore. Et donc nous avons là aussi dans notre métier, cette mission de pouvoir prendre en charge de manière individualisée également ce type de préoccupations également pour des écoles.' Pour l’instant, les résultats de ces mesures n’ont pas encore été communiqués à l’école Saint-Barthélemy. Un 'gendarme du ciel' cloué au tarmac par manque de moyens Les riverains de l’aéroport dénoncent des vols qui ne respectent pas les tracés, des avions qui volent à toute heure du jour et de la nuit, et des maisons qui tardent à être insonorisées… Pour tenter d’objectiver les témoignages recueillis, nous nous sommes procuré le dernier rapport de l’ACNAW, l’Autorité de Contrôle des Nuisances sonores des Aéroports Wallons. Et ce rapport est éclairant. Dès les premières pages, dans 'le mot du Président', le ton est donné : l’organe de contrôle estime ne pas avoir de personnel, ni de moyens financiers en suffisance et que 'dans ces conditions tout travail de fond reste cependant exclu dans ces conditions, et le traitement des plaintes et demandes des riverains subis de très importants retards.' Au fil des pages, on constate que les moyens de l’ACNAW ont fondu comme neige au soleil : de 350.000 euros par an en 2002, elle n’a obtenu que 57.000 euros en 2023. Un dé financement interpellant, surtout lorsque l’on connaît l’expansion des deux aéroports wallons. Nous nous sommes donc rendus à Namur, au siège de l’ACNAW, pour tenter de comprendre. Le gendarme du ciel se rassemble dans un seul bureau, dans l’un des étages du bâtiment du Service Public de Wallonie. Il n’est plus composé que de 3 personnes, au grand désarroi de Michel Audrit, le vice-président : ' Nous avons la moitié des effectifs prévus. Il nous manque deux acousticiens, notre attaché permanent mais aussi un membre compétent en matière de santé humaine. C’est clair que dans ces conditions-là, c’est difficile de remplir efficacement toutes les missions', analyse Michel Audrit. 'Auparavant, quand nous étions mieux subsidiés, nous avions la possibilité de faire davantage', ajoute le président. 'Par exemple, d’établir davantage de contacts avec d’autres acteurs du secteur aéroportuaire. Aujourd’hui, c’est quelque chose que nous avons dû laisser tomber. Nous avons encore bien sûr des contacts avec la Sowaer, avec les aéroports, mais dans une mesure moindre que ce que nous avions au début. Je comprends évidemment que tout le monde doit faire des économies par les temps qui courent. Mais bon, notre budget à nous est évidemment beaucoup plus serré que lorsque l’ACNAW a commencé ses missions.' 3622 vols en dépassement, et seulement 5 sanctions Depuis que nous travaillons sur le dossier de l’aéroport de Charleroi, les riverains sont nombreux à nous parler, comme Gilbert Bosmans, d’avions qui ne respectent pas la législation. L’aéroport de Charleroi, contrairement à celui de Bierset, est un aéroport de jour. Les vols y sont donc uniquement autorisés entre 6h30 du matin et 23 heures le soir. Selon les riverains, il n’est pas rare, notamment en été et lors des fortes périodes de départs et d’arrivées, que des avions ne respectent pas ces horaires imposés : 'Nous sommes régulièrement réveillés à 2 ou 3 heures du matin', nous affirme Gilbert. La Région Wallonne a fait installer des sonomètres un peu partout autour de l’aéroport . Le rapport de l’ACNAW fait les comptes : entre 2019 et 2023, l’aéroport de Charleroi a connu 3622 dépassements, ce qui représente 2 dépassements par jour. Par dépassement, on entend soit une arrivée tardive ou un décollage avant 6h30 soit un non-respect des normes de décibels. À côté de ce graphique, un deuxième éveille notre curiosité. Sur celui-ci, le nombre de sanctions appliquées aux compagnies par les autorités wallonnes : 5. Des amendes très réduites Cinq vols sur 3622 constatés en dépassement ont donc été soumis à une amende, cela représente un pourcentage de 0.14%. 'Il faut savoir que la législation pour condamner une compagnie ou l’aéroport est stricte', explique Michel Audrit. 'Aujourd’hui, pour qu’un dépassement donne lieu à un PV et a une amende potentielle, il faut un dépassement sur deux sonomètres. Donc si l’avion déclenche un seul sonomètre, il ne va rien se passer, il n’y aura pas de sanction. ' 'L’arrêté en matière de sanctions a été opérationnalisé en 2018', indique Thibault De Villenfagne pour la SOWAER, qui gère les sonomètres, 'nous avons donc effectivement un système de sanctions qui est mis en place au travers du réseau de sonomètres qui permet de détecter effectivement l’ensemble des mouvements d’avions. Cela permet aussi de mesurer le niveau sonore de ceux-ci. La législation aujourd’hui est appliquée avec une méthodologie qui lui est propre', ajoute-t-il avant de rappeler que ce n’est pas la SOWAER qui s’occupe du suivi de l’ensemble du dispositif en matière de sanctions. Pour l’ACNAW, cette législation va à l’encontre du bien-être des riverains : ' Nous trouvons ça anormal. Si je fais le parallèle avec les infractions routières, vous ne devez pas être flashés deux fois par un radar pour ramasser une amende. Tandis qu’ici il faut deux dépassements. Dans le cas de Charleroi, où il n’y a quasiment pas de gros-porteurs et où les avions font moins de bruit qu’à Liège, il n’y a quasiment pas d’amende, même si les dépassements sont nombreux', ajoute Michel Audrit. La législation prévoit des amendes allant de 200 à 7500 euros par infraction constatée. Vu qu’il n’y a eu que 5 infractions constatées : 'cinq fois 200 euros, ça veut dire qu’ils ont pu être condamnés qu’à 1000 euros d’amende !', nous explique Michel Audrit. Selon nos informations, l’année 2024 aurait connu près de 1500 vols en dépassement à l’aéroport de Charleroi, sans qu’aucune sanction ne soit prise. La Région wallonne, pointée du doigt par la justice, risque des astreintes Dans la longue affaire qui oppose, parfois depuis 1999, les riverains de l’aéroport de Bierset et l’aéroport liégeois, la cour d’appel de Bruxelles a rendu un arrêt en septembre dernier. En 2017 déjà, elle estimait que la Région wallonne n’en faisait pas assez pour protéger les riverains. Aujourd’hui, la Cour tape sur le clou. Dans celui-ci, elle estime que la Région doit faire plus pour faire respecter les législations en place : ''Il peut être fait droit à la demande de condamner la Région wallonne à produire la preuve de la mise en place d’un système effectif de contrôle et de sanction du non-respect des normes de bruit.' La Cour, estime également que la Région doit supprimer 'l’exigence relative aux deux sonomètres '. Dans l’arrêt, la Cour précise que la Région wallonne a désormais 6 mois pour mener à bien ces demandes, sans quoi des astreintes seront appliquées : 'Compte tenu du délai intervenu depuis l’arrêt du 2 juin 2017 et des lacunes dans l’effectivité du système relevées ci-avant, il s’impose de prévoir une astreinte suffisamment dissuasive que la cour fixe à 5000 euros par jour de retard pour l’ensemble des riverains concernés .' Ce dossier, oppose l’aéroport liégeois à 438 riverains… La Région wallonne doit donc réagir avant la fin du mois de mars 2025 pour éviter les astreintes. Contactée, la ministre en charge des aéroports, Cécile Neven, a décliné notre demande d’interview, l’aéroport de Charleroi n’a pas non plus souhaité répondre à nos questions.

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