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Philippe, ex-ingénieur chez Audi, lutte pour trouver du travail ; Hans, ex-contrôleur qualité, se lance aux boutures chez Volvo Trucks, mais avec un regain de précarité

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Philippe, ex-ingénieur chez Audi, lutte pour trouver du travail ; Hans, ex-contrôleur qualité, se lance aux boutures chez Volvo Trucks, mais avec un regain de précarité
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Après 33 ans chez Audi, le technicien de chauffage Philippe ne retrouve pas du travail, tandis que Hans, ex-contrôleur qualité chez Audi, entre chez Volvo Trucks, mais est classé sous forme d'intérimaire

Autour de la table, Philippe a soufflé ses 55 bougies le premier mai. Pas vraiment de quoi pavoiser. Après 33 ans en préparation sur les chaînes, il galère.

Technicien de chauffage de formation, une allergie à la poussière lui ferme les portes des chantiers, et l’âge ne joue pas en sa faveur.

'Je postule dans le vide', lâche-t-il. Il voulait travailler dans un home, faire de l’entretien en bâtiment, mais ses conseillers lui demandent d’élargir ses recherches.

'Élargir vers quoi ? Je me demande vraiment quel type de travail ils imaginent pour moi', s’interroge-t-il. La chaîne, il n’y retournera pas. Quant à la prime de départ, il l’aurait reçue amputée de moitié, ce qui lui laisse un goût amer.

'Audi aura tout pris. Les grands perdants, ce sont les travailleurs', tranche-t-il. Je postule dans le vide Selon les chiffres officiels, 49% des anciens travailleurs d’Audi ont retrouvé un emploi ou entamé une formation. C’est le cas de Hans Troncquo.

Après 33 ans et demi comme contrôleur qualité, ce Flamand originaire de Zottegem a rejoint Volvo Trucks dès mars, mais comme intérimaire.

'Mon contrat est renouvelé chaque semaine. Je me suis lancé tout de suite pour essayer de décrocher quelque chose de fixe', explique-t-il. Sur place, les conditions sont rudes : beaucoup de bruit, moins de confort qu’à Forest, salaire en baisse. Mais ce qui pèse le plus, c’est l’invisibilité.

'Les gens ne te connaissent pas, alors ils ne te respectent pas pareil', confie-t-il. À 58 ans, il repart de zéro.

'Je pensais vraiment finir ma carrière là-bas. ' Ce qui lui manque le plus ? 'La compagnie des Wallons', dit-il avec un sourire. 'Chez Audi, je m’entendais mieux avec eux.

Et ils sont plus courageux pour se défendre face aux patrons.

' Une solidarité qui, visiblement, lui manque autant que l’usine elle-même. Pierre Molderez, 58 ans aussi, ne mâche pas ses mots. Retoucheur pendant près de 25 ans à Eccaussinnes, ils repéraient les câbles abîmés ou les accessoires mal posés. Depuis la fermeture, il a suivi six mois de formation en menuiserie, et doit attendre 17 mois une nouvelle formation au Forem… Sa colère pourtant, il ne la dirige pas vers Audi.

'Les gens critiquent Audi, mais c’est l’Europe qu’il faut critiquer. Ce sont eux qui ont imposé le tout électrique', tranche-t-il. Les belles années, elles, restent intactes dans sa mémoire : le Japon, l’Allemagne, les courses organisées par l’entreprise.

'Dommage que ça se soit terminé aussi brutalement', souffle-t-il. Entre la colère et la nostalgie, Pierre incarne à lui seul les deux visages de cette fermeture. Celle d’une décision jugée absurde, et celle d’une vie de travail qu’on n’oublie pas. Les gens critiquent Audi, mais c’est l’Europe qu’il faut critiquer.

Nancy Naveau a choisi de se réinventer. À 45 ans, opératrice et sous-cheffe de ligne, esthéticienne de formation à l’origine, elle s’est lancée dans une reconversion en aide-soignante familiale. Un virage à 180 degrés, pleinement assumé.

'Le travail chez Audi était convivial. On rigolait, mais le boulot était toujours fait. Maintenant, je vais en cellule de reconversion pour voir mes collègues et en bonus, j’adore ma formation', exprime-t-elle. Elle pense à ceux que l’âge ou la maladie rattrape, à ceux pour qui la reconversion est un combat quotidien.

'Audi ne m’a jamais empêchée de travailler avec ma maladie. Ça, je ne l’oublie pas', insiste-t-elle. Elle observe la salle autour d’elle, cette buvette bourdonnante de voix familières.

'Certains ne réalisent pas encore vraiment ce qui s’est passé', murmure-t-elle. Puis, simplement : 'Bonne chance à tous, parce que ce n’est pas facile. Il faut changer d’organisation et s’habituer à un salaire moindre.

', raconte encore cette maman de 3 enfants, qui espère terminer bientôt sa formation et entamer une nouvelle vie. Jean-Marc, 63 ans vient du Borinage. Il a travaillé trois décennies en logistique. Certes, il est amer sur la fermeture, mais il tient à une nuance que beaucoup oublient.

'On avait un bon employeur. On était payés en temps et en heure, on faisait nos huit heures et on rentrait chez nous', rappelle-t-il.

'Si j’avais travaillé pour un petit patron, cela n’aurait pas été la même chose', ajoute-t-il après une pause. Ce qui le touche le plus, au fond, ce n’est pas sa propre situation. C’est celle des jeunes.

'Cette usine aurait pu leur offrir une vraie carrière. C’est ça qui me rend triste', confie-t-il. Désormais pensionné, il s’estime chanceux. Si j’avais travaillé pour un petit patron, cela n’aurait pas été la même chose.

Patrick Silla, 63 ans, jeune retraité aussi, a eu l’idée de ce rassemblement. Après trente-huit ans chez Audi, il voulait juste que tout le monde se retrouve un an après.

'On avait dit qu’on tournerait la page', confie-t-il. 'Mais on ne tourne pas la page comme ça. Ce sont des collègues, des amis.

' Un silence. 'C’est surtout une famille. ' Une famille que ni les chiffres de reconversion, ni les cellules d’outplacement n’ont réussi à remplacer.

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