La Chambre des représentants du Texas a adopté une nouvelle carte électorale favorisant les Républicains, suscitant des accusations de gerrymandering. Donald Trump célèbre cette victoire et laisse entendre qu'il pourrait briguer un troisième mandat, ce qui soulève des questions constitutionnelles.
La Chambre des représentants du Texas a récemment approuvé une nouvelle carte électorale fortement demandée par Donald Trump . L’objectif affiché est de permettre aux Républicains d’obtenir cinq sièges supplémentaires à Washington lors des élections de mi-mandat en 2026, traditionnellement défavorables au parti du président.
Le texte a été adopté par 88 voix contre 52, malgré la résistance des élus démocrates, qui ont passé plusieurs semaines à Chicago et New York pour tenter de bloquer le quorum. La mesure doit encore être examinée par le Sénat local, dominé par les Républicains, avant d’être promulguée par le gouverneur Greg Abbott. Donald Trump a immédiatement saluée cette décision comme une « grande VICTOIRE » pour le grand État du Texas sur Truth Social. « On est en route pour cinq sièges supplémentaires au Congrès et pour sauver vos droits, vos libertés et votre pays », a-t-il écrit, avant d’ajouter que « le Texas ne nous laisse jamais tomber ». L’enjeu est crucial : si les Démocrates reprennent la Chambre des représentants en 2026, ils pourront multiplier les commissions d’enquête et entraver la fin du second mandat de Trump. « Cent sièges supplémentaires iront aux Républicains », a même affirmé exagéré le président américain dans un autre message, renouvelant ses attaques contre le vote par correspondance, qu’il accuse – sans preuve – de favoriser la fraude. Face à ce redécoupage texan, le gouverneur démocrate Gavin Newsom a présenté un projet similaire en Californie, qui pourrait également rapporter cinq sièges au Congrès, mais cette fois en faveur des Démocrates. La mesure doit être soumise à référendum le 4 novembre prochain. « La Californie a été la cible préférée de l’administration Trump. Nous n’allons pas rester les bras croisés pendant qu’elle ordonne au Texas et à d’autres États de truquer la prochaine élection », a prévenu Newsom. Derrière ce duel Texas - Californie, c’est toute une stratégie républicaine qui se dessine. L’administration Trump pousse aussi à redessiner les cartes de l’Ohio, du Missouri ou de l’Indiana. « La Floride, l’Indiana et d’autres cherchent à faire la même chose », s’est félicité en ligne. Ce redécoupage, appelé « gerrymandering », consiste à diluer le vote adverse dans des circonscriptions redessinées. Au Texas, il devrait permettre de faire passer la représentation républicaine de 25 à 30 élus sur les 38 sièges de l’État. Pour le démocrate Chris Turner, il s’agit d’une « violation claire du Voting Rights Act et de la Constitution ». Adoptée en 1965, cette grande loi des droits civiques visait à protéger l’accès au vote des minorités afro-américaines, particulièrement dans les anciens États ségrégationnistes du Sud. « Les élus républicains cherchent à réduire au silence les électeurs afro-américains et hispaniques par un gerrymandering raciste », ont accusé les démocrates texans. Ces deux communautés votent majoritairement pour le parti démocrate. L’historien Serge Jaumain, professeur à l’ULB, résume le paradoxe : « Normalement, dans une élection, ce sont les électeurs qui choisissent leurs élus. Ici, c’est l’inverse : ce sont les élus qui choisissent leurs électeurs, en redécoupant de manière adroite les circonscriptions ».Le 22e amendement est limpide : « Nul ne pourra être élu à la présidence plus de deux fois ». Mais depuis sa réélection en 2024, Donald Trump aime jouer avec cette limite. « Se représenter en 2028 ? Probablement pas », a-t-il confié à CNBC le 5 août, tout en ajoutant : « J’aimerais me présenter. Je n’ai jamais eu d’aussi bons résultats dans les sondages ». Quelques jours plus tard, devant le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, il souriait : « J’ai 28 points d’avance sur tous les autres. Tout le monde veut que je me présente ». Lundi, face à Zelensky, il est allé plus loin, évoquant le report des élections américaines si une guerre éclatait. « Voyons voir : dans trois ans et demi, vous voulez dire que si nous entrons en guerre, il n’y aura plus d’élections ? » a-t-il lancé, en référence au report des scrutins ukrainiens. Puis, moqueur : « Je me demande ce que diraient les fausses informations à ce sujet ». Une blague qui n’en est pas forcément une. Officiellement, Donald Trump assure que son vice-président JD Vance est « très probablement » son successeur pour 2028. Mais dans les faits, il laisse planer le doute, installant l’idée d’une possible révision constitutionnelle. Pour briguer un troisième mandat, il faudrait en effet obtenir l’aval des deux tiers de la Chambre et du Sénat, ainsi que des trois quarts des États fédérés. Un scénario improbable, mais pas inimaginable si les Républicains verrouillent durablement le Congrès grâce au redécoupage électoral. Entre « gerrymandering », attaques contre le vote par correspondance et petites phrases sur une candidature en 2028, Donald Trump prépare bien plus que la fin de son second mandat. Il construit un rapport de force destiné à durer. Les casquettes brandies devant Zelensky et Macron pourraient bien ne pas être que de simples provocations
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